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Pôle 3

publié le , mis à jour le

Pôle 3 : Territoires de la ville contemporaine.

La construction des territoires urbains et métropolitains dans la diachronie

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Trois axes de recherche

1. Épistémologie et méthodologie de l’histoire urbaine du contemporain

L’effort de repérage d’archives parapubliques ou privées, notamment celles des organismes HLM et des intercommunalités, mené dans les années précédentes, a nourri les recherches du pôle. La mobilisation des archives et le travail avec des producteurs d’archives ont notamment pris la forme en 2011-2012 d’un atelier de recherche sur archives avec les étudiants de master, organisé en partenariat avec les archives de Paris et le bailleur social Paris Habitat. Cette expérience d’enseignement de la recherche par la recherche, qui s’appuie sur une collaboration active entre le laboratoire, un centre d’archives publiques et un bailleur social avec son service d’archives, sera prolongée dans les années à venir. Le pôle souhaite poursuivre cet effort de repérage des archives des bailleurs sociaux et la mobilisation de leurs archives. Celles-ci comptent notamment des fonds (dossiers de personnel et dossiers de locataires), qui ont permis de développer les recherches fondées sur des archives nominatives (master sur les gardiens de Paris Habitat, etc.), qui caractérisaient déjà les travaux du pôle (Muriel Cohen sur les dossiers de regroupement familial, Charlotte Vorms sur les registres de propriétés et sur les dossiers locataires, Emmanuel Bellanger sur les dossiers de personnels de la fonction publique territoriale, Danièle Voldman sur les dossiers de locataires, Frédéric Saly sur les registres de mariage). Celles-ci sont venues nourrir l’axe annoncé dans le précédant quadriennal de «  retour du social  ». Elles ont en outre relancé la réflexion sur l’usage de ces sources et les difficultés d’exploitation qu’elles présentent, prolongeant l’engagement de certains membres du pôle (Frédéric Saly, Muriel Cohen, Charlotte Vorms) dans une nouvelle histoire quantitative, qui s’intéresse notamment aux trajectoires individuelles en s’appuyant sur l’exploitation de bases de données et de traitements statistiques pointus.

Le pôle 3 s’affirme ainsi comme le lieu de l’élaboration d’une réflexion méthodologique et historiographique sur l’approche historienne/diachronique du fait urbain. Celle-ci est menée en collaboration avec des chercheurs de l’EHESS (Isabelle Backouche), de l’Université de Paris 13 (Loïc Vadelorge), collaboration qui pourrait à l’avenir être formalisée au sein du Campus Condorcet. Elle se nourrit de collaborations transdisciplinaires avec les géographes (Martine Berger, DynamiTe) et urbanistes de Paris 1 (Sylvie Fol) et de l’Institut d’Urbanisme de Paris (Laurent Coudroy de Lille, Viviane Claude), les politistes et les sociologues (séminaire logement en collaboration avec le département de sciences sociales de l’ENS). La journée de restitution de l’atelier recherche sur archives des masters a été l’occasion d’éprouver la fécondité de ces collaborations transdisciplinaires. L’insertion du pôle 3 et d’un certain nombre des chercheurs précédemment évoqués dans le labex DynamiTe et dans le CIST devrait développer encore ces collaborations. Le pôle 3 participe, au sein du CHS, au développement de l’usage du numérique en histoire

Mettre l’histoire de la ville en images et la rendre accessible au public. Cela s’est traduit par plusieurs expositions numériques réalisées (Agrandir Paris sur le site : http://www.parismetropole.fr, Cent ans de logement social sur le site : www.toitetmoi.org) ou en projet avec l’Union sociale pour l’habitat (USH) – La création de l’office public d’HBM de la ville de Paris – ainsi que la mise en ligne des conférences Condorcet sur la construction du territoire du Nord-Est parisien (voir site fondation Condorcet). Dans ce domaine, comme dans celui du partenariat avec les archives et les producteurs d’archives, enseignement et recherche sont associés et se nourrissent mutuellement.

Liens enseignement/recherche : écrire un cours web L3/M «  Paris et les banlieues naissance d’un espace urbain XIXe-XXe siècles  » (Fourcaut) avec service TICE Paris 1 (Barbara Semel) après avoir remporté appel d’offres de l’UOH (Université ouverte des humanités) pour la production d’un «  essentiel  » (voir site UOH ; le cours sera en ligne sur le site de l’UOH à la rentrée 2012. Les membres du pôle 3 ont développé une expertise dans le traitement quantitatif des données nominatives et l’enseignement aux étudiants en master et doctorat des outils informatiques et statistiques de la recherche (Frédéric Saly, Charlotte Vorms). L’enseignement porte entre autres sur l’analyse et le traitement des sources sérielles en vue d’élaborer des bases de données complexes, l’analyse des données (ACM, chaînes de Markov, régressions), enfin la cartographie quantitative et les Système d’Information Géographiques (SIG).

Enfin le pôle 3 s’affirme comme un lieu d’expertise sur la construction des territoires.

Une public history de la construction des territoires a entraîné une réflexion sur la façon de répondre à la commande publique, le rôle de l’expertise et les relations entre expertise et histoire. Le pôle tient à consolider sa position d’expert auprès des pouvoirs publics, des collectivités territoriales et des professionnels de la ville dans les champs de la connaissance historique des politiques publiques locales. Annie Fourcaut et Emmanuel Bellanger sont ainsi membres du Comité d’histoire de la ville de Paris. C’est le sens de l’engagement de deux de ses membres (Charlotte Vorms et Emmanuel Bellanger) dans l’animation de la revue électronique www.metropolitiques.eu dont l’objet est d’informer le débat public sur les questions urbaines en publiant et confrontant les points de vue des chercheurs de toutes les disciplines, ainsi que des experts et des professionnels de la ville. Il en va de même de la participation d’Annie Fourcaut à l’AIGP (personnalité qualifiée nommée par les collectivités territoriales)

Dans le même esprit, le pôle 3 a également assuré pendant quatre années la direction scientifique d’un programme de recherche régional sur l’histoire de l’assainissement de l’agglomération parisienne (2009-2012) dans le cadre d’une convention signée entre l’Université Paris 1 et le Syndicat interdépartemental d’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP) (ouvrage, rapports et animation d’un séminaire sur deux ans sur les politiques de l’eau en collaboration avec la maison de la RATP). Cette convention a permis le recrutement de deux jeunes chercheurs sur près de trois années consécutives.

2. Gouvernance de la ville contemporaine et construction des territoires urbains

L’approche de la gouvernance est résolument historique. Elle met en perspective l’histoire des politiques urbaines, notamment celle de la politique de la ville (en novembre 2012 aura lieu la soutenance d’HDR de Thibault Tellier intitulée «  Humaniser le béton, Genèse historique de la politique de la ville. 1972-1982  » (garant Annie Fourcaut) ; Thibault Tellier entreprend aussi l’étude de la politique de Résorption de l’habitat insalubre (RHI) (Loi Vivien de 1970) avec Marie-Claude Blanc-Chaléard (Paris Ouest), en partenariat avec le Comité d’histoire du Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, à partir des archives de ce ministère. À ce jour, six sites ont été retenus pour des études locales. En région parisienne, il s’agit de la ville de Saint-Denis. Un séminaire ainsi que deux journées d’études seront organisés entre 2012 et 2014.

Emmanuel Bellanger réévalue la place du pouvoir local dans les politiques de coopérations territoriales. Les recherches sur la départementalisation, l’interdépartementalité et l’intercommunalisation des grands services urbains de la métropole francilienne ont mis en lumière la confrontation mais aussi la collaboration des acteurs privés et publics autour de la mise en œuvre de politiques publiques. Le pôle 3 a joué un rôle important dans la mise en perspective de l’histoire du Grand Paris et de l’agglomération parisienne depuis la publication de Paris/banlieues conflits et solidarités (Annie Fourcaut, Emmanuel Bellanger, Mathieu Flonneau, Paris, Créaphis, 2007). Son approche est régionale mais aussi comparatiste. Le pôle a également apporté sa contribution à la réflexion sur la réforme communale (Emmanuel Bellanger) en participant à un atelier de recherche transdisciplinaire sur les transformations de l’intercommunalité de la fin XIXe siècle à nos jours sous la direction du sociologue Rémy Le Saout (publication des travaux en septembre 2012 aux Presses universitaires de Rennes). La question de la gouvernance a également fait l’objet de trois séminaires de recherche et de vulgarisation scientifique. Le premier, coorganisé par Annie Fourcaut, Loïc Vadelorge et Thibault Tellier, est consacré depuis 2008 à l’aménagement du territoire. Les deux suivants portent sur la «  Seine-Saint-Denis  », organisé depuis 2010 par Emmanuel Bellanger, Marie-Hélène Bacqué, sociologue (Université Paris Ouest Nanterre, laboratoire Mosaïques LAVUE) et Henri Rey, directeur de recherche (Sciences Po/Cevipof) et sur la «  Région parisienne, territoires et cultures  », organisé depuis 2009 en partenariat avec les archives départementales de la Seine-Saint-Denis et le département espaces et patrimoine de la RATP. La gouvernance renvoie également à l’analyse sociohistorique de la construction géopolitique des territoires. Cette approche, appliquée à la sociabilité communiste, a fait l’objet de deux journées d’études interdisciplinaires à l’Université de Paris 1 en 2009, dirigé par le sociologue Julian Mischi et Emmanuel Bellanger, entourés d’un comité scientifique composé de sociologues, politistes, historiens, géographes et urbanistes. Les actes ont été mis en ligne sur le site du CHS en 2011 et de nouvelles publications sur le communisme municipal et la banlieue rouge paraîtront début 2013 (Armand Colin et Créaphis).

La construction des territoires est aussi analysée sous l’angle des services publics et des usagers. Un projet d’ANR a été élaboré sur la thématique «  Services publics à l’épreuve des inégalités (France et espaces coloniaux au XXe siècle)  » (resp. Michel Margairaz et Michel Pigenet). Ce projet interdisciplinaire, qui souhaite interroger les pratiques au guichet (Charlotte Vorms) et renouveler l’histoire sociale de l’administration, mobilise plusieurs membres du CHS et a été déposé en avril 2012. Dans cette même perspective d’histoire sociale, le pôle s’intéresse également, en interaction avec le pôle 1, au monde associatif et à ses militants qui co-agissent sur la gouvernance urbaine. La thèse en cours de Sébastien Jolis (Ater Paris 1) La Confédération nationale du logement (CNL) : un syndicalisme des locataires de la Libération aux années 1980 éclaire le rôle des locataires dans la gestion des logements ; celle de Karim Taharount, A la recherche d’un mouvement politique autonome de l’immigration et des quartiers populaires 1980’s-2000, montre les quartiers comme porteurs d’une dynamique associative qui ne peut dépasser les frontières du local.

Parmi les outils de la gouvernance urbaine la statistique municipale a joué un rôle très important, particulièrement en Allemagne depuis les années 1890 avec le rêve (ou le mirage) d’une politique de la ville rationnelle et scientifique parce que fondée sur l’inventaire statistique des populations, des modes de vie, des équipements, des sources de financement. Frédéric Saly projette une HDR sur la construction statistique des villes allemandes et le rôle de l’expertise statistique dans la moyenne durée de la ville allemande (il s’agit après 1945 des intercommunalités et des conurbations).

Les recherches sur ces thématiques nourriront enfin la participation des chercheurs du CHS travaillant sur l’histoire urbaine aux activités du labex Dynamite (Dynamiques territoriales et spatiales, sous la responsabilité de Nadine Cattan, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Géographie-cités UMR 8504) dans le cadre de l’axe 2 : Cities : resilience of territorial forms and social dynamics. Dans ce cadre, l’accent sera mis sur le bâti “ordinaire”, la planification des pratiques et usages. Cette recherche permettra d’analyser le rôle des formes élastiques dans les logiques d’acteurs, ainsi que de nouvelles formes de territorialité et de manière «  d’habiter  ». Trois objectifs sont assignés à cette participation. Il s’agit d’abord de renforcer la pluridisciplinarité des approches historiennes, notamment grâce à des collaborations avec les géographes et les SIG, de nourrir la réflexion théorique sur l’utilisation de catégories spatiales par les historiens et, enfin, de contribuer à la restitution des résultats des travaux aux acteurs du monde politique et social, en s’appuyant sur les collaborations anciennes entre le CHS et les acteurs de la ville et de la politique du logement.

Les chercheurs et les doctorants participant aux travaux du pôle se fixent d’atteindre trois objectifs :

• analyser les formes urbaines parisiennes dans la longue durée en collaboration avec Hélène Noiset (LAMOP) projet ALPAGE (AnaLyse de l’esPAce urbain parisien : approche GEomatique)

• dégager la dimension diachronique de la constitution des territoires urbains par les politiques publiques

• observer les dynamiques sociales dans la moyenne durée (1850-2012)

3. Histoire sociale du logement

Le logement avait émergé, lors du précédant quadriennal, comme une thématique du pôle. Le pôle 3 souhaite en poursuivre l’exploration dans deux dimensions. D’une part, un séminaire sur le logement, co-organisé par le pôle (Charlotte Vorms) et des sociologues de l’UMR CMH, se tient à l’ENS, socialise les chercheurs de toutes les disciplines sur cette thématique. De l’autre, le logement est au cœur d’un projet collectif européen, regroupant plusieurs chercheurs du pôle, ainsi que d’autres venus d’universités françaises et étrangères, sous la direction d’Annie Fourcaut et Danièle Vodman. Conçu au départ comme une vaste enquête sur les relations entre les régimes politiques et les formes de la question du logement, il porte actuellement sur la notion de «  crise du logement  » en Europe dans le deuxième vingtième siècle, avec une approche nettement transnationale. Ce projet débouche sur un numéro spécial de la revue Le Mouvement Social prévue pour la fin 2013.

Après avoir exploré l’histoire institutionnelle des politiques publiques dans le précédant quadriennal, le pôle souhaite se pencher sur leur mise en œuvre concrète, sur leurs effets sociaux et urbains, et sur les résistances qu’elles ont pu susciter localement. Seront ainsi abordées à la fois les pratiques habitantes autour du logement, les relations entre particuliers et administrations publiques (bailleurs sociaux, municipalités, etc.) et privées (promoteurs, SA HLM), et l’émergence du logement comme question politique suscitant notamment des mouvements sociaux. Les recherches se feront, tant sur le temps long (relations entre propriétaires et locataires aux XIXe et XXe siècles, Danièle Voldman), que sur le temps plus court des politiques publiques. Elles passent par l’étude des mouvements citadins et des associations qui s’organisent dans le cadre d’une politique publique (La politique de la ville, Thibault Tellier, Les associations des cités, Karim Taharount), ou s’affirment comme des forces politiques de poids à l’échelle nationale sur la longue durée (La Confédération nationale du logement, Sébastien Jolis).

Cette approche du temps long et du temps court a été menée lors de l’exposition (février-mai 2012) et du colloque international(février 2012) sur Les cent ans de la loi Bonnevay. Balayer un siècle d’histoire du logement social en France, toujours mis en rapport avec des expériences européennes, a permis d’étudier le logement dans son interaction entre la législation, les politiques publiques et l’action des habitants. Cette approche est privilégiée dans les recherches en cours et les projets.

L’étude de la mise en œuvre des politiques publiques passe par de nouvelles monographies locales (les effets des politiques de logement franquistes à Madrid, les effets de l’indépendance algérienne sur le peuplement d’un quartier d’Alger), mais aussi sur des comparaisons internationales et inter-périodes (Diego Inglez de Souza comparant le décalage des politiques de logement social entre la France et le Brésil). Dans le cas des politiques de logement franquistes (qui développent l’accession à la propriété), il s’agit à la fois d’étudier les logiques de l’attribution des logements, les usages que font les familles de ce patrimoine, les conséquences de ces politiques sur leurs trajectoires, et sur le peuplement des villes. La question de la décision de construction des logements sociaux, de l’articulation entre les initiatives privées et les initiatives publiques, du financement de cette construction revêt une grande importance. Frédéric Saly a commencé à démêler pour l’Allemagne du sud-ouest les fils enchevêtrés de ces questions pendant la période impériale et celle de Weimar.

Les approches monographiques devront nourrir des réflexions sur des questions de portée plus générale. Une recherche sur l’histoire longue de l’évincement des habitants et du relogement, qui confronterait les cas français, espagnols et britanniques est ainsi en projet (Charlotte Vorms) ; elle passe à la fois par l’étude de l’élaboration du droit dans ce domaine, et de sa mise en œuvre (observée dans des études de cas monographiques). Après avoir investi la politique des grands ensembles, celle des villes nouvelles et la politique de la ville, le pôle souhaite développer des recherches sur la rénovation des quartiers anciens (années 1950 à 1970). C’est ainsi la rénovation d’un îlot parisien, l’îlot 11, qui a été choisi comme objet pour l’atelier de recherche des étudiants du master Histoire urbaine.